La kabbale
Les kabbalistes ont en horreur tout ce qui ressemble à l’idolâtrie; ils donnent pourtant à Dieu la figure humaine, mais c’est une figure purement hiéroglyphique.
Ils considèrent Dieu comme l’infini intelligent, aimant et vivant. Ce n’est pour eux ni la collection des êtres, ni l’abstraction de l’Être ni un être philosophiquement définissable. Il est dans tout, distinct de tout et plus grand que tout. Son nom même est ineffable: et encore ce nom n’exprime-t-il que l’idéal humain de sa divinité. Ce que Dieu est par lui-même il n’est pas donné à l’homme de le comprendre.
Dieu est l’absolu de la foi; mais l’absolu de la raison c’est l’ÊTRE.
L’Être est par lui-même et parce qu’il est. La raison d’être de l’Être c’est l’Être même. On peut demander: «Pourquoi existe-t-il quelque chose, c’est-à-dire pourquoi telle ou telle chose existe-t-elle?» Mais on ne peut sans être absurde demander: «Pourquoi l’Être est-il?» Ce serait supposer l’Être avant l’Être.
La raison et la science nous démontrent que les modes d’existence de l’Être s’équilibrent suivant des lois harmonieuses et hiérarchiques. Or la hiérarchie se synthétise en montant et devient toujours de plus en plus monarchique. La raison cependant ne peut s’arrêter à un chef unique sans s’effrayer des abîmes qu’elle semble laisser au-dessus de ce suprême monarque, elle se tait donc et cède la place à la foi qui adore.
Ce qui est certain, même pour la science et pour la raison, c’est que l’idée de Dieu est la plus grande, la plus sainte et la plus utile de toutes les aspirations de l’homme; que sur cette croyance repose la morale avec sa sanction éternelle. Cette croyance est donc dans l’humanité le plus réel des phénomènes de l’Être, et si elle était fausse, la nature affirmerait l’absurde, le néant formulerait la vie, Dieu serait en même temps et ne serait pas.
C’est à cette réalité philosophique et incontestable, qu’on nomme l’idée de Dieu, que les kabbalistes donnent un nom; dans ce nom sont contenus tous les autres. Les chiffres de ce nom produisent tous les nombres, les hiéroglyphes des lettres de ce nom expriment toutes les lois et toutes les choses de la nature.
Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit dans notre dogme de la haute magie sur le tétragramme divin, nous ajouterons seulement que les kabbalistes l’écrivent de quatre principales manières:
הוהי
JHVH,
qu’ils ne prononcent pas, mais qu’ils épèlent: Jod, he vau hé, et que nous prononçons Jéhovah, ce qui est contraire à toute analogie, car le tétragramme ainsi défiguré se trouverait composé de six lettres.
ינדא
ADNI,
que nous prononçons Adonaï, ce nom veut dire Seigneur.
היהא
AHIH,
que nous prononçons Eieie, ce nom signifie Être.
אלכא
AGLA,
qui se prononce comme il s’écrit, et qui renferme hiéroglyphiquement tous les mystères de la kabbale.
En effet la lettre Aleph א est la première de l’alphabet hébreu; elle exprime l’unité, elle représente hiéroglyphiquement le dogme d’Hermès: «Ce qui est supérieur est analogue à ce qui est inférieur.» Cette lettre, en effet, a comme deux bras dont l’un montre la terre et l’autre le ciel avec un mouvement analogue.
La lettre Ghimel ג est la troisième de l’alphabet; elle exprime numériquement le ternaire et hiéroglyphiquement l’enfantement, la fécondité.
La lettre Lamed ל est la douzième; elle est l’expression [108] du cycle parfait. Comme signe hiéroglyphique, elle représente la circulation du mouvement perpétuel, et le rapport du rayon à la circonférence.
La lettre Aleph répétée est l’expression de la synthèse.
Le nom d’AGLA signifie donc:
L’unité qui par le ternaire accomplit le cycle des nombres pour retourner à l’unité;
Le principe fécond de la nature qui fait un avec lui;
La vérité première qui féconde la science et la ramène à l’unité;
La syllepse, l’analyse, la science et la synthèse;
Les trois personnes divines qui sont un seul Dieu. Le secret du grand oeuvre, c’est-à-dire la fixation de la lumière astrale par une émission souveraine de volonté, ce que les adeptes figuraient par un serpent percé d’une flèche formant avec elle la lettre Aleph א.
Puis les trois opérations, dissoudre, sublimer, fixer, correspondant aux trois substances nécessaires, sel, soufre et mercure, le tout exprimé par la lettre Ghimel ג.
Puis les douze clefs de Basile (Valentin) exprimées par Lamed ל.
Enfin l’oeuvre accomplie conformément à son principe et reproduisant le principe même.